Les partis religieux en Israel more

In French, with Amnon Raz-Krakotzkin

fJ 't~~ l·i' =,~ CD -0 ::J +- lD; \CD (/) ~~ (61)9 nouvelle serie automne 1996 CD -0 -llil -l1li s::~ ~ \~ .~ (I)::; .-I CD ....cn~ Des experts israeliens et palestiniens font Ie point sur 10 situation en Israel et dans les territoires occupes apres les elections israeliennes du 29 mai : 10 poursuite de 10 colonisation, 10 place et'I'importahce des portis religieux en Israel. Ie sort des prisonniers palestiniens, I' analyse des resultats du scrutin, Ie vote arabe. Par C. MansouL M. WarschawskL A. Raz Krakotzkin, Z. Ben-Dor, Lea TsemeL I. HalevL K. Ayed . • Mahmoud Darwich : <de ne reviens pas, je viens», Ie bilan du poete palestinien face a Helit Yeshurun • Lettres orabes : Terre et meL de EI Amine EI Khamlichi • Chroniques • Un theme, des livres • Notes de lecture. L'observatoire de 10 colonisGltion • Chronologie E +- CD > CD Palestini~MII nouvelle serie 9 automne 1996 « Grand Camille Mansour Israel» ou Etat binational? 3 6 lQ APRES LES ELECTIONS ISRAELI ENNES : Michel Warschawski « Ce sera la paix ou les colonies» Amnon Raz Krakotzkin et Zvi Ben-Dor Les partis religieux en Israel Lea Tsemel Rien de change pour les prisonniers palestiniens Des elections 27 32 48 53 a haut risque Ilan Halevi Khaled Ayed Le vote arabe « Je Mahmoud Darwich ne reviens pas, je viens» LETIRES ARA8ES EI AmineEI Khamlichi Terre et mer M 88 98 103 124 138 ="'-I.J'\ CHRONIQUES lIan HalevL Simone Bitton, Jean-Claude Pons UN THEME, DES L1VRES Rudolf EI-Kareh Les rois sont nus NOTES DE LECTURE Serge Weber, Kadhim Jihad, Nicola Hahn, Sara Roy Rex Brynnen, Bahgat Korany L'OBSERVATOIRE DE LA COLONISATION Geoffrey Aronson CHRONOLOGIE 1·'avril - 30 juin 1996 Claire Moucharafieh =N !!!!!!!!"-"" oJ = ... -t<) =="'=="'=N =00 =="'~o , 1 ~> q"I a:>'" ~~ , "I '" u.. u.. L!) ON ~~ ~fQ ..... CD zz en CXJ 16 en (J) ~t ~. . Q) Amnon Rez Krokotzkin Zvi Ben-Dor L religieux Amnon Raz Krakotzkin est professeur d'Histoire a l'universite de Beersheva. Zvi Ben-Dor est chercheur al'UCLA. Apres sa defaite electorale, Shimon Peres a declare qu'il avait ete vaincu par« deux rabbins centenaires et un rabbin mort» [allusion aux rabbins Shath, Gour et Zalrnan Loubavitch. NDLR]. De fait, les dermeres elections israeliennes ont ete marquees par un renforcement signi.ficatif du « bloc religieu.>:: ", qui compte dorenavant 24 deputes (sur 120) representant trois partis politiques. Cette progression s'est egalement exprimee par l'implication active dans la campagne electorale de differents eU:ments religieux tels que Ie mouvement hassidique Habad et plusieurs autres rabbins charismatiques. II serait cependant en"one de considerer ce « bloc» comme une entite homogene. Certes, les trois pards religieux font aujourd'hui partie de la coalition gouvemementale dirigee par Benyamin Neta.nyahou, et leurs representants font front commun sur de nombreuses questions, mais les differences entre eux sont importantes et i1 est important de les connaitre. Non seulement Ie parJ national religieux Mafdal, Ie parti orthodoxe sHaradc Shass et le parri ultraorthodoxe Yahadout Hatora (JudaIsme de la Torah) representent des idees et des conceptions difthentes, mais ils doivent aussi a des milieux sociaux diff.erents d'avoir etc propulses aune telie position de force. II faut d'ailJ.eurs souligner que sur les trois parris en question, deux seulement ont progresse de maniere significative : Ie Mafdal et Ie Shass, dont les approches ciifterent considerablement, que ce soit au plan inteliectuel ou au plan politique. Quant au JudaIsme de la Torah, il a conserve sa representation precedente, qu'il a appris autiliser Ie plus habilement possible sur l'echiquier politique. Un autre point qu'il est important de souligner ne conceme pas les parris religieu.'{ directement : c'est la question du rapport ala LES PARTIS RELIGIEUX EN ISRAEL 17 devenue en elle-meme un theme la campagne electorale et une source ~glwi1ite pour les hommes politiques. JXparris religieux qui ont progresseont ;''efec'soutenus par de nombreux electeurs non 'rellgieux :de ce point de vue, leur progression ~f~fIete l'aboutissement de differents processus ont travaille la societe israelienne au cours desdernieres annees. Ce succes a egalement ete fa~()rise par Ie changement du systeme electoral, qui permetdorenavant de partager son vote entre un candidat« politique » au paste de Premier ministre, et un parri '« sociologique », au Parlement. Ce nouveau . systeme, problematique en lui-meme, a mis au jour certains aspects fondamentaux de la realite d'Israel, et parmi eux la place plus sensible occupee par la conscience religieusedans la formation et la definition de la collectiVite israelienne. De maniere generale, il est par ailleurs errone de qualifier les autres partis sionistes de partis « lalques » ou« seculiers », car Ie nationalisme sioniste est fonde sur une interpretation du discours religieux et sa legitimite repose sur la religion. Les parris religieux ont des identites propres, surtout en ce qui concerne leur lutte pour un caractere plus religieux de la societe et de l'Etat, mais on ne peut ignorer le fait que meme les parris dits lalquesne proposent aucune alternative tangible au principe meme.de la legitimite religieuse du sionisme. Cela est egalement vrai pour Ie parti Meretz, pourtant ouvertement antireligieux, mais qui partage la conception selon laquelle l'Etat d'Israel realise les aspirations historiques et nationales du peuple juif, Ie sionisme etant un mouvement de retour du peuple juif a sa patrie. Le,nationalisme du Meretz n'est pas une alternative aux discours religieux, mais une interpretation de ce discours. Dans un tel contexte, il n'y a aucune place pour une foi ou une religion considerees comme une affaire individuelle, separees de l'histoire nationale et de la conception de l'Etat. En d'autres termes, les milieux sionistes dit « lalques » ne s'opposent pas ala dimension religieuse du sionisme, mais l'interpretent comme l'expression de leur nationalisme. Leur . opposition ala religion est une opposition au mode de Vie religieux, sur la base d'une autoperception qui ferait d'eux les veritables heritiers de l'approche historique juive. Ceci . explique leur enthousiasme anticlerical, de meme que leur reaction angoissee au lendemaindes elections. L'angoisse postelectorale du Meretz n'est pas motivee par Ie sort que Netanyahou reservera am Palestiniens, ni meme la maniere dont il appliquera ou n'appliquera pas les accords d'Oslo. C'est la montee des parris religieux qui leur fait peur, et surtout celle du Shass, qui est pourtant, politiquement, le·moins extremiste des trois. C'est ainsi qu'en ces temps de bouclage, de destruction de maisons et d'aggravation des atteintes aux droits ciViques des Palestiniens, toute l'energie militante du Meretz est concentree sur l'organisation de manifestations contre la fermeture ala circulation d'une rue de Jerusalem pendant Ie shabbat. Vue sous cet angle, la montee des partis religieux est ala fois un reflet et une consequence des contradictions internes du sionisme, lui-meme emprisonne dans Ie cadre du mythe religieux. Tous ces mouvements ont subi d'importantes transformations aux cours des dernieres decennies, des transformations qui sont de nature a expliciter certains aspects essentiels de la realite israelienne actuelle et de dessiner les contours de l'identite israelienneen general. Le Mafdal, Parti national religieux Representant traditionnel dessionistes religieux, le Mafdal est de ce fait tres representatif des contradictions internes'du sionisme en matiere de religion. Jusqu'en 1967, Ie Mafdal refletait une approche « pragmatique » qui s'exprimait par une .' separation assez claire entre Ie debat politique et les questions religieuses. Les sionistes religieux se cara!=terisaient par un complexe d'inferiorite Vis avis de l'hegemonie ideologique de la « colonisation pionniere », 18 REVUE O'EruOES PALESTINIENNES symbole de l'ethique sioniste qui centralisait toutes les activites d'implantation juive dans Ie pays - avant et apres la creation de l'Etat. Les sionistes religieux etaient critiques ala fois par la societe orthodoxe et par la societe lai'que. De 1948 a 1977, hormis une courte parenthese - une brouille - en 1975, tous les gouvemements (travaillistes) israeliens ont indus des representants du Mafdal, ou de sa version anterieure (Mizrahi). Ce parti etait done considere comme le porte-parole incame de « l'alliance historique >5 entre Ie mouvement travailliste et Ie sionisme religieux. Mais il continua jusqu'a ce jour (hormis Ie dernier gouvemement travaillistes-Meretz) de faire partie de toutes les coalitions gouvemementales apres la premiere victoire de Menahem Begin. Jusqu'en 1967, les Ininistres religieux se sont alignes sur les positions des Premiers Ininistres travaillistes pour toutes les questions politiques essentielles, mais la guerre des six-jours et la conquete des territoires occup6s ont fourni a ce courant l'occasion de forger sa propre position, tondee en l'occurrence sur une approche politico-religieuse messianique. En quelques annees, Ie sionisme religieux s'est affranchi de la marginalite culturelle qui Ie caracterisait pour acquerir une position de nouveau guide spirituel. Le sionisme religieux mena aune redefinition. de la conception du « Grand Israel », qui exis~ait deja a droite mais qui maintenant a acquis une assise religieuse incontestable, favorisee par les reminiscences bibliques de la Cisjordanie et de Jerusalem-Est. Les implantations de colons religieux dans les territoires occupes etaient conc;:ues comme une releve actualisee de l'ethique sioniste anterieure. La theologie messianique du sionisme religieux est fondee sur l'enseignement du rabbin Kouk, grand rabbin ashkenaze de Palestine au temps du mandat britannique : l'epoque contemporaine y est consideree comme almonciatrice de l'ere messianique, la terre d'Israel comme une valeur religieuse, et sa colonisation comme un imperatif prealable a la redemption. Bien entendu, cette conception qui voit dans l'etablissement de l'Etat d'Israel un « debut de redemption» annule categoriquement tout droit des Palestiniens a la terre. I.e triptyque « peuple d'Israel, terre d'Israel, Torah d'Israel » qui constitue la « sainte trinite » decetteapproche, ne comprend meme pas Dieuen lui-meme. (La definition anterieure judalsme etait fondee, elle, sur la relation « Dieu d'Israel, petiple d'Israel, Torah d'Israel ». Le meSsianisme du sionisme religieux est l'aboutissement d'un glissement theologique progressif fonde sur une politisation de la religion ~ ou une sacralisation du politique : l'Etat d'Israel est considere comme l'instrument de realisation de la mission historique supreme du peuple juif.) En fait, et c'est ce qui est interessant et explique Ie succes sans doute ineluctable de cette conception, c'est que Ie sionisme religieux ne fait que pqusser a l'extreme les principes deja etablis par la gauche sioniste, qui a toujours presente la coloriisation sioniste en Palestine comme l'expression d'un processus de redemption (en l'occurrence, de redemption nationaleet non de redemption religieuse). Les fondateurs « lai'ques » de l'Etat ont toujours fait usage de la terminologie religieuse, parlant de la « redemption de la terre » et de la realisation des « droits historiques » du peuple juif. En un siede ' d'existence, la gauche sioniste n'a pas su - ou n'a pas pu - developper d'altemative ideologique a cette approche theocratique, ce qui l'empeche de neutraliser l'element religieux dans la definition de l'Etat, et par Ia de reconnaitre veritablement les droits des Palestiniens. Le sionisme se presente historiquement comme un mouvement lai'que, mais sa lai'cite n'etait autre qu'une « nationalisation » de la religion et une reformulation totita fait nouvelle du messianisme juif dans Ie langage lai'que europeen de son epoque, colonialiste par nature. Cette variante de colonialisme justifie par un mythe religieux judeo-chretien est la caracteristique principale du sionisme, et elle a ete definie par ceux-Ia meme qui etaient perc;:us comme « sionistes de gauche». Ainsi s'explique Ie respect qui fut temoigne, des son apparition, au mouvement de du LES PARTIS RELIGIEUX EN ISRAEL 19 roit des lue « peuple Israel» qui ·cette approche, n lui-meme. (La le etait fondee, leI; petiple eSsianisme du ementd'un sif fonde sur ouune t d'Israel est :Ie realisation de u peuple juif.) Sressant et eluctable de )nisme religieux es principes :e, qui a 1 sioniste en un processus de : redemption religieuse) . ~tat ont >logie ption de la droits un siecle ' 'a pas su-ou ative ~ocratique, ['element ~tat, et par la droits des ente vement laYque, le etune edu laYque aliste par ilisme justifie retien est la . tisme, et elle a l etaient per~us fut temoigne, ntde colonisation Goush Emounim (Bloc de la foi) par des personnalites marquantes de la gauche israelienne comme Yaakov Hazan (Ie defunt dirigeant historique du Mapam), ou de nombreux intellectuels proches du Parti travailliste, per~us comme les representants absolus de la vieille garde des pionniers et les gardiens du courant central du sionisme. Au milieu des annees soixante-dix, lescolons du Goush Emounim avaient deja ete reconnus par une large partie de la societe laYque comme des pionniers des temps modernes, heritiers de l'ethique de la colonisation travailliste. C'est exactement cette legitimite que Ie sionisme religieuicherchait a acquerir,et il1'avait obtenue en donnant lui-meme une nouvelle legitimite, clairement religieuse, a la colonisation des territoires occupes. Ce faisant il offrait une solution toute prete aux. .contradictions internes du sionisme; qui etait dorenavant presente comme une ideologie nationale-religieuse dont 1'ethique messianique correspondait a des significations politiques et colonisatrices bien definies. S'il est arrive au Mafdal de perdre un peu de sa force a differentes epoques, c'est parce que son image etait devenue trop « moderee » aux yeux de certains de ses electeurs traditionnels, qui se mirent a voter pour les partis de droite. Sa progression renouvelee s'est amorcee lors des elections de 1992, pour lesquelles ses dirigeants avaient adopte up slogan on ne peut plus clair : « Le Mafdal est a votre droite» .. Le parti qui jusqu'alors accueillaiten son sein des opinions politiques heterogenes, unies par une volonte commune d'assurer uncaractere religieux a 1'Etat, etait devenu un parti aux options politiques tranchees qui aspirait a jouer un role dominant dans la direction des affaires de 1'Etat. II faut cependant noter que si Shimon Peres avait remporte les dernieres elections, Ie Mafdal n'aurait certes pas refuse de sieger dans sa coalition gouvernementale. II aurait fait partie de ce gouvernem~nt, comme il a fait partie de presque tous ceux qui 1'ont precede, et il s'y serait employe a garantir que Ie processus de paix continue de proteger les interets ·des implantations. Des contacts en ce sens avaient eu lieu pendant la campagne electorale, bien qu'il rut deja evident que la plupart des electeurs du Mafdal voteraient pour Benyamin Netanyahou. Le fait que Ie Mafdal ait longtemps ete 1'« allie historique » des travaillistes est aujourd'hui complerement efface de l'esprit de la plupart de ses sympathisants. Pour l'opinion publique, ce parti fait aujourd'hui partie de la droite et il est l'allie privilegie du Likoud. II est cependant important de comprendre et de . souligner que cette alliance historique a disparu dans Ie cadre d'une adoption complete des valeurs du sionisme travailliste par le sionisme religieux : les colons religieux sont les heritiers . de ce que le sionisme de gauche appelait « Ie sionisme en pratique », en opposition au « sionisme politique » prone par Ie courant revisionniste dont est issu Ie Likoud. Aujourd'hui Ie Mafdal- et ses bataillons de colons religieux - sont le seul parti politique israelien a donner un sens effectif au « sionisrrie en pratique ». Sa capacite d'utiliser a son profit la symbolique et la rhetoriquede ce qui est encore pers;u comine « des valeurs de gauche » explique que son influence soit bien plus large que les resultats qu'il a obtenus aux elections. Pendant la derniere campagne electorale, Ie Mafdal s'est presente comme un parti sUr de lui et dont les options politiques ne sauraient etre mises en doute. Son slogan, «Je siorusme' dans l'ame », ne visait pas sewementle pUl>lic religieuX. Pour la premiere fois de son histoire,· le Mafdal s'adressait ouvertement aux laYques qui, « en ces jours difficiles », regretter3.ient « Ie bon vieux temps» du siomsme « dans 1'ame », du sionisme « des valeurs » oublieespar la course a la consommation et aux plaisirs faciles. Un appel direct a la conception sentimeritale d'un «passe innocent» qui est partage par de; nom.breux Israeliens, surtout dans la gau~he . sioniste ou 1'on considere generalementque Ie sionisme d'avant 1967 etait 1'expressiorid'un pur ideal qui ne fut souille que par la suite. Malgre Ie fosse qui separe le Mafdal du Meretz, ces deux partis puisent paradoxalement aux memes sources affectives, a l'aspiration du 20 REVUE O'EruOES PALESTINIENNES ~ .. , retour en arriere vers des « valeurs » soi-disant perdues. La gauche sioniste aspire a une separation des Palestiniens qUi ferait revenir Israel a l'epoque ou il n'y avait pas de « risque d'un Etat binational ». Et de meme queles publicitaires israeliens ont appris a vanter « Ie Nescafe au gout du bon vieux temps» ou Ie «fromage blanc au gout du bon vieux temps », le Mafdal propose une politique qui sent « les foins coupes du bon vieux temps». Dans les spots electoraux du Mafdal diffuses a la television, on a pu voir et entendre des travaillistes qui disaient qu'ils allaient voter Mafdal parce que leur parti d'origine avait abandonne la voie du sionisme et que Ie Mafdal etait maintenant Ie seul parti ou l'esprit sioniste souffiait toujours. Le dirigeant du Mafdal Zvouloun Hamer s'en est pris ala jeunesse lal'que qui « a perdu Ie sens de Pexistence » en quittant a la fois Ie sionisme et Ie judal'sme. II ne parlait pas seulement de la jeunesse « de gauche », mais de tous les lal'ques, y compris ceux qui votent pour la droite. Non sans aplomb, plusieurs dirigeants du parti declarerent que Ie Mafdal allait prendre a Meretz la place de troisieme parti d'IsraeL Un autre aspect important du succes du Mafdal, en plus de son adoption de l'ideologie colonisatrice, est celui de son rapprochement de l'ethique militariste. Le Mafdal est le parti des « soldats aux calottes tricotees », de plus en plus nombreux dans l'armee en general et dans les unites d'elites en particulier. La progression en ce domaine fut plus lente que dans celui des implantations, mais non moins effective. Au fil des annees, le nombre de soldats issus des ecoles du Mafdal se portant volontaires pour servir dans les unites de combat a progresse au point que certaines de ces unites sont aujourd'hui majoritairement composees de religieux. La presse a fait etat recemment de l'exemple edifiant de l'une des unites d'elite les plus prestigieuses, dont tous les soldats et les sous-officiers etaient, il y a dix ans, des fils de kibboutzim. Cette meme unite est aujourd'hui entierement constitues d'anciens eleves des ecoles religieuses paramilitaires du Mafdal en Cisjordanie, ou les lyceens etudient et s'entrainent avant leur mobilisation. La jeunesse religieuse est donc en train de prendre la place de celie des kibboutzim, traditionnel fer de lance de l'armee israelienne. lei aussi, les sionistes ieligieux se sont appuyes sur la mythologie classique du sionisme, avant de s'en empareret de lui donnerune signification religieuse nouvelle. La « conquete de Tsahal » par les religieux leur a.attire une grande. consideration populaire et a sans aucun doute joue un grand role dans l'acquisition de leur legitimite actuelle. II y a quelques annees, il n'y avait qu'un seul officier religieux de grade superieur dans l'ensemble des unites de combats israeliennes. II s'aglssait d'Effi Fein, un lal'que « converti » qui s'etait rendu tristement celebre pendant l'Intifada, lorsqu'il avait ete accuse d'assassinat de civils palestiniens. Cet officier est devenu Ie heros du sionisme religieux, les representants du Mafdal au Parlement ayant pretendu qu'il avait ete injustement accuse « parce qu'il est religieux ». Meme apres son proces, ou sa responsabilite fut reconnue, Yitzhak Rabin declara que Fein etait un digne representant des « valeurs militaires » qui Ie guidaient lui-meme depuis toujours. Aujourd'hui les officiers religieux dans les unites de combat ne se comptent plus, ce qui a acclu d'autant plus l'influence exercee au sein de l'armee par leurs enseignants-rabbins des implantations. Apres la signature des accords d'Oslo, plusieurs de ces rabbins ont declare qu'en cas d'evacuation d'implantations par la force, les soldats religieux auraient Ie devoir de refuser d'obeir aux ordres. Quelques-uns ont meme ouvertement appele a la revolte au sein de l'armee. De nombreux soldats religieux ont avoue qu'ils « hesiteraient» a obeir en de telles circonstances, et certains ont declare aux journalistes qu'ils refuseraient de participer a toute operation d'evacuation. La plupart ont dit que Ie dilemme etait reel, et qu'ils esperaient ne jamais avoir a choisir entre les ordres de lahierarchie militaire et ceux de leur rabbin. Dans les spots electoraux du Mafdal, il y avait davantage de soldats religieux que de LES PARTIS RELIGIEUX EN ISRAEL 21 :ation. : en train de lbboutzim, rmee israelienne. se sont apptiyes sionisme, avant lerune e. Jar les de consideration e joue un grand legitimite :, il n'y avait grade superieur :ombats 8ein, un laYque :istement celebre tit ete accuse s. eet officier est ligieux, les 'lement ayant nent accuse :me apres son reconnue, . etait un digne aires » qui Ie iours. IX dans les nt plus,ce qui a :xercee au sein ;-rabbins des 'e des accords Ont declare ltations par la :nt Ie devoir de lques-uns ont revolte au sein ts religieux ont beir en de telles clare aux ~ participer a a plupart ont qu'ils sir entre les !t ceux de leur Mafdal,ily :ux que de rabbins. L'image du soldat religieux etait tellement presente dans la campagne electorale que plusieurs autres partis ont depose des plaintes et exige l'interdiction de l'utilisation repetee des soldats dans les spots televises. Enparaliele, Ie sionisme religieux s'est egalement et paradoxalementrapproche des milieux orthodoxes, qui continuent pour leur part a etre exemptes du service militaire. Il existe un complexe d'inferiorite des sionistes religieux a l'egard du judaYsme orthodoxe, dont la stricte observance des preceptes religieux dans la vie quotidienne est sujette a admiration de la part des religieux non-orthodoxes, ce qui n'a pas ete evoque durant la campagne electorale. Un autre domaine dans lequelle sionisme religieux a puise sa force est celui de « l'integration des immigrants» dans lequel il deploie uneintense activite.De nombreux militants du Mafdal ont ete envoyes en ex-Union sovietique pour y encourager les juifs a « revenir a la religion » et a immigrer en Israel. L'un d'entre eux etait Ygal Arnir, l'assassin d'Yitzhak Rabin . En ce moment, les dirigeants du Mafdal se toument vers la conquete d'un centre de pouvoir dans lequelleur milieu est encore tres peu represente, celui de la justice. Une campagne d'opinion est lancee, presentant les juges et les tribunaux commeune chasse gardee de la gauche laYque - ce qui est en partie vrai pour ce qui conceme les lois en matiere de religion, un theme particulierement cher .au parti Meretz qui considere effectivement les . instances judiciaires comme «un dernier rempart de la democratie » (e~ oubliantque les . tribunaux israeliens ont servi, et servent toujours, d'instrument legal de justification de· l'occupation).Tout en luttant contre Ie . systeme judiciaire en general, Ie Mafdal et Ie Shass se livrent a line feroce competition pour Ie controle des tribunaux rabbiniques, qui ont Ie monopole des affaires de statut personnel (tels que les mariages et les divorces). Ces tribunaux rabbiniques temoignent d'ailleurs de la faiblesse de la « laYcite » israelienne : malgre la volonte de presenter Ie sionisme comme un mouvement nationallaYque, la responsabilite de la definition de l'identite juive a ete confiee, des Ie debut, aux partis religieux et aux representants de l'orthodoxie religieuse (en ecartant par ailleurs les autres courants du judaYsme tels que les reformistes ou les conservateurs du judaYsme americain). Yahadout Hatora : orthodoxes et ultra-orthodoxes Yahadout Hatora est Ie seul parti religieux dont la representation parlementaire n'a pas progresse aux dernieres elections. Son electorat a meme proportionnellement baisse, beaucoup de ses electeurs sefarades ayant prefere voter ~ pour Ie Shass. Au coms des dernieres annees, Ie comport.ement politique de Yahadout Hatora et de certains milieux ultra-orthodoxes s'est transforme radicalement. Dans Ie passe, tous les partis politiques ultra-orthodoxes partageaient une position antisioniste claire et tranchee, qui niait toute valeur religieuse a PEtat sioniste (cet antisionisme, disons-Ie tout de suite,ne signifiait pas pour autant que les ultra-orthodoxes fussent propalestiniens). Une petite minorite d'entre eux (les « Netourei Karta » et les hassidim de Satmar) consideraient l'Etat d'Israel comme un veritable ennemi, un envoye de Satan avec lequel toute collaboration etait et est toujours interdite. Les hassidim de Satmar, par exemple, s'interdisent la priere au mur des Lamentations car il est occupe parIes sionistes. Les autres, et en particulierceux qui ont donne naissance au premier parti orthodoxe Agoudat Israel, ont rapidement decide de participer a la vie . . politique israelienne sur la base de la conception de l'Etat comme simple instrument, toute leur action politique etant destinee a defendre les interets des communautes orthodoxes. Ils optaient pour Ie soutiena tel ou tel gouvemement mais, jusqu'a une periode recente, ils refusaient d 'y participer physiquement afin de ne pas partager la responsabilite d'un Etat qu'ils reprouvaient.· Au cours des dernieres annees, ·cesmilieux· connaissent un processus de « nationalisation » . 22 REVUE D'EruDES PALESTINIENNES qui induit un certain rapprochement entre eux et Ie Mafdal (chez qui on observe, en parallele, une certaine « orthodoxisation » du comportement religieux au quotidien). C'est Ia, en partie, l'aboutissement d'un processus a long terme, mais qui apparait aussi comme un important tournant conceptuel. Dans les premieres annees de l'Etat d'IsraeI, les ultra-orthodoxes s'opposaient a toute initiative de legislation religieuse, arguant qu'il etait impensable qu'une institution laique (la Knesset) pretende legitimer la loi divine. Mais cette conception fut rapidement abandonnee et remplacee par un combat permanent pour le vote de nouvelles lois religieuses, ce combat devenant la caracteristique essentielle de leur activite politique. Au cours de la derniere decennie, ce changement de conception est devenu de plus en plus sensible. L'objectifprincipal du YahadoutHatora est toujours de proteger les interets des orthodoxes et de lutter contre les discriminations dont ils se disent victimes, en continuant d'afficher une certaine indifference sur les questions politiques essentielles. En plus de leur action pour preserver l'independance de leurs institutions religieuses et educatives, les ultra-orthodoxes exigent aujourd'hui la construction de logements et de quartiers reserves a leurs communautes, lesquelles vivent souvent dans des conditions difficiles. Cela les amena d'ailleurs a creer des implantations et des quartiers orthodoxes au-dela de la «ligne verte », mais il est important de souligner qu'en l'occurrence, cette localisation n'obeissait pas a des imperatifS religieux ou politiques, mais a de simples contraintes economiques, comme pour tout ce qui concerne la relation des orthodoxes a la vie politique israelienne. Aujourd'hui, et toujours pour les memes raisons, les ultra-orthodoxes tendent a une plus grande participation aux instances de direction. Aux dernieres elections au conseil municipal de Jerusalem, ou leur soutien aEhoud Olmert a cause la defaite du candidat travailliste, ces milieux ont compris l'etendue de leur pouvoir (depuis la creation de l'Etat et jusqu'a ces dernieres annees, la municipalite de Jerusalem avait toujours ete aux mains des travaillistes). Leur indifference a l'egard du jeu politique s'est tninsformee en participation active au systeme,trouvant son expression ultime dans leur soutien massif a Benyamin Netanyah6u lors des premieres elections directes au poste de Premier ministre. II ne fait effectivement aucun doute que Ie retour, de ladroiteau pouvoir est du au vote orthOdoxe, qui a fait ladifference. Malgre les reserves exprimees par certaines autorites rabbiniques qui auraient prefere ne pas deroger aune neutralite traditionnelle, les electeurs orthodoxes ont clairement montre que la droite israelienne avait reussi aleur offiir une voie « honorable» d'integration sociale. En revanche, la gauche sioniste-laique (ainsi que quelques representants de l'extreme droite laique, Rafael Eytan,par exemple), se sont vu signifier tout aussi clairement que les ultraorthodoxes etaient dorenavant en mesure de se venger de l'attitude anti-orthodoxe extremiste dont ils s'estiment victimes et qui s'accompagne parfois de comportements quasiment antisemites (les caricatures et Ie langage stereotype utilise par de nombreuses personnalites de gauche, decrivant les « hommes en noir » comme des faineants, des parasites malodorants et moyenageux, n'ont effectivement rien a envier aux pires cliches du racisme antijuif europeen). Ce desir de sanctionner la gauche laique constitue surement l'une des raisons de la politisation des orthodoxes, meme s'il n'en est pas Ie seul. Les differences entre les orthodoxes et les milieux religieux proches du Mafdal sont cependant toujours tres marquees, et vont bien au-deli de leur maniere differente d'observer les preceptes religieux au quotidien, integriste et fortement contraignante pour les « hommes en noir », beaucoup plus « coulante » pour les « calottes tricotees ». Les orthodoxes continuent de mepriser les ecoles religieuses sionistes et a considerer l'enseignement qui y est dispense comme d'un niveau ridiculement inferieur au point de vue theologique. De meme, les orthodoxes refusent toujours l'autorite des grands rabbins nommes etsalaries par l'Etat ; ils ont leurs propres tribunaux LES PARTIS RELIGIEUX EN ISRAEL 23 ies travaillistes). 1 jeu politique tion active au 1ion ultime dans in Netanyahou irectes au poste de ectivement aucun te au pouvoir est ait la difference. par certaines ient prefere ne :-aditionnelle, les ~ment montre reussi a leur offi'ir ~tion sociale. e-lai'que (ainsi l'extreme droite ,Ie), se sont vu lue les ultra: en mesure de se doxe extremiste lui ortements :atures et Ie .e nombreuses 'ant les :s faineants, des tageux, n'ont pires cliches du desir de nstitue 1 politisation des pas Ie seul. odoxes et les afdal sont ~es, et vont bien te d'observer lien, integriste r les« hommes ante » pour les foxes :s religieuses ~ement qui y . ridiculement ~que. . rabbiniques et leurs propres directeurs de conscience. Sur Ie plan des principes, leur ideologie religieuse est toujours la meme, mais leur relation pratique a l'Etat et a la societe en general a change. Ce processus leur fait courir un risque d'edatement et meme d'une certaine seculansation, mais iI n'induit pas forcement un affaiblissement de leur force quantitative. Les orthodoxes continuent de s'opposer au service militaire, mais iIs ne proposent plus d'interpretation alternative tangible a la conception sioniste de la presence des juifs dans Ie pays. A leur tour, ils ont commence d'adopter les definitions intrinsequement sionistes de la souverainetepolitique juive sur la terre d'IsraeI, alors que jusque-Ia leur difference conceptuelle consistait justement a voir ·l'existence juive dans le pays comme une variante diasporique, l'exil des juifs etant defini par l'attente de la venue du Messie et non par leur localisation geographique. ' Le Shass : orthodoxes sefarades Des trois partis religieux, c'est Ie parti orthodoxe sefarade Shass qui a obtem,l le plus grand succes electoral. Avec dix sieges de deputes, ce parti a presque double Sa representation et est devenu Ie troisieme parti d'Israel, un enorme succes pour une formation relativement recente dans Ie paysage politique israelien. Le Shass a ete fondeen 1983 par des rabbins et des anciens eleves des grandes ecoles talmudiques de l'orthodoxie ashkenaze. Jusqu'a son apparition, les rabbins de ces ecoles et les dirigeants des communautes hassidiques exer~aient un pouvoir sans partage sur Ie monde orthodoxe en general et sur ses ecoles talmudiques en particulier. L'education orthodoxe sefarade etait d'un niveau beaucoup plus bas, et rares etaient les eleves sefarades admis a etudier dans les grands centres talmudiques ashkenazes. Les debuts politiques du Shass se firent a l'eIection du conseil municipal de Jerusalem, en 1983, ou Ie nouveau mouvement obtint trois sieges. Encourages par ce succes, ses dirigeants formerent une liste pour les nt toujours nmes etsalaries ribunaux elections parlementaires de 1984 et y remporrerent, a la stupefaction generale, trois sieges de deputes: Ie Shass avait reussi la ou avaient echoue tous les mouvements politiques de juifs orientaux qui l'avaient precede. Dans un premier temps, iI resta lie au courant orthodoxe lithuanien (opposants au hassidisme), de meme que Ie parti orthodoxe ashkenaze Degel Hatora (L'etendard de la Torah, qui s'est par la suite uni a d'autres milieux lithuaniens pour former Ie parti actuel Judai'sme de la Torah). Les deux partis tiraient leur legitimite de l'autorite morale du rabbin Shach, Ie vieux maitre spirituel du courant lithuanien. Par la suite, non seulement Ie Shass s'est libere de son obedience au rabbin Shach, mais s'est meme developpe en misant sur la contestation de son autorite et sur Ie renforcement de celle du rabbin sefarade Ovadia Yossef. Ce choix « emancipateur » lui valut d'etre rapidement per~u comme Ie porteparole de tous les sefarades religieux : non plus seJIlement du milieu limite des sefarades orthodoxes mais de celui, beaucoup plus large, des croyants et des traditionalistes d'origine orientale .. II ne fait aucun doute que la force du Shass resulta, des Ie debut, de sa reaction au racisnie fondamental et affiche de l'orthodoxie ashkenaze a l'egard des juifs originaires des p~ys arabes. Contrairement a ce qui se passe dans la societe lai'que, ou la discrimination ethnique entre Israeliens prend des formes beaucoup plus hypocrites, les orthodoxes ashkenazes n'ont jan1ais cherche a cacher ou aestomper leur sentiment de superiorite sur les juifs orientaux, orthodoxes ou pas. Pour cette meme raison,iI est averequ'une partie des voix recoltees par Ie Shass aux dernieres elections lui ont ete octroyees par des sefarades non religieux, qui considerent ce parti comme un mouvement d'opposition a l'hegemonie ashkenaze en general. Pour ce qui concerne la relation a l'Etat, Ie Shass se positionne a mi-chemin entre Ie Mafdal et Ie Judai'sme de IaTorah. Pour Ie moment, il ne considere pas l'Etat d'Israel et Ie pouvoir politique comme porteurs en eux- .~ '~.""" -'-~-,- ~~~:~.~0""'''''·-;-C:-:--'·''-----;~·':''·'-''':::::~~,~~",~",·-;·~·_·, -,,,",,":'-'c:' 24 REVUE D'ETUDES PALESTINIENNES memes d'une valeur ou d'une signification religieuse. De ce point de vue,il est plus proche de la conception des ultra-orthodoxes et du Judaisme de la Torah que de celle du . Mafdal. Pour les ultra-orthodoxes, dont la conception politique s'est developpee sur la base de l'opposition au sionisme politique, l'Etat ne constitue qu'un cadre instrumental pouvant etre utilise des fins materielles. Mais la difference fondamentale entre le Shass et les milieux ultra-orthodoxes traditionnels reside dans Ie fait que, des Ie debut, les orthodoxes sefarades ont voulu prendre part au pouvoir et participer aux decisions politiques. En ce sens, ils rejoignent l'identification nationaliste a l'Etat telle que representee par Ie Mafdal, mais sans la part de messianisme integree au sionisme (dans sa version religieuse comme dans sa version laique). I.e Shass a adopte une position de principe favorable au processus de paix, et le rabbin Ovadia Yossef s'est meme prononce ouvertement en faveur de la « restitution » de territoires. De.plus, et aplusieurs reprises au cours des dernieres annees, Ie Shass s'est oppose aux offensives militaires des gouvemements travaillistes au Liban. Aux elections de 1992, apres avoir acheve son laborieux processus de separation de ses « patrons ashkenazes », allant de pair avec la stabilisation de l'influence· politique independante de son maitre spirituelle rabbin Ovadia Yossef, Ie Shass obtint cinq sieges de deputes et signa immediatement un accord de coalition avec le « gouvemement de paix » forme par Yitzhak Rabin, faisant ainsi - c'etait sans precedent - acte d'independance politique. Le Shass accorda un soutien de principe aux accords d'Oslo des qu'ils furent rendus publics, certains de ses dirigeants se contentant parfois d'exprimer quelques reserves sur Ie plan securitaire, mais jamais sur la base d'une revendication de la « saintete de la terre ». Quelque temps plus tard, lorsque ses dirigeants deciderent finalement de quitter Ie gouvemement, ce n'etait pas sur la base d'un quelconque desaccord sur Ie processus de paix mais parce que leurs relations avec·les ministres a du Meretz, et en particulier avec Ie ministre de l'Education Shoularnit Aloni, s'etaient envenimees. 11 s'avera ce moment qu'Aloni et ses amis accordaient une importance aussi grande - sinon plus grande - au combat contre les religieux qu'au soutien au processus de paix. Pour Ie Meretz, la combinaison juifS orthodoxes/juifS orientaux representee par Ie Shass etait unsymbole absolud'obscurantisme et de « prirnitivisme ». Le Shass constitue un puissant pole d'attraction pour Ies electeurs sefarades non orthodoxes mais qui s'identifient culturellement ace parti. Sa progression est egalement due aux jeunes sefarades des milieux les plus defavorises, pour lesquels les ecoles et les pensionnats ouverts par ce parti constituent souvent la seule option educative de niveau acceptable qui·leur soit offerte gratuitement. Beaucoup de ces jeunes, entres dans les ecoles du Shass partir d'une situation de detresse econornique et sociale, y operent un spectaculaire redressement social en meme temps qu'un « retour ala religion» generalement bien accepte par leurs families et leur ento~rage immediat. Ceci s'explique, entre autres raisons, par la tradition du judaisme oriental Oll la dichotomie religion/laiciten'est pasaussi conflictuelle que chez les juifs europeens. La plupart des juifS orientaux dits « laiques ~) sont en fait largement traditionalistes, observent naturellement la plupart des grands preceptes religieux et ne repugnent pas ademander l'aide d'un rabbin ou d'unkabbaliste en periodedifficile, leur foi judaique etant restee un element essentiel de leur identite. C'est ainsi que Ie Shass est considere, de maniere tout afait justifie, comme un mouvement qui combine la preservation des valeurs identitaires/religieuses tout en portant l'etendard de la justice sociale et du combat pour la reduction des inegalites· socio-econorniques entre sefarades et ashkenazes. L'arrogance ashkenaze etant redevenue un element social marquant pendant les quatre dernieres annees de pouvoir travailliste-Meretz, on peut parailleurs estimer·· sans grand risque de se tromper que si David a L6 dii. ila cat COl tra sys Be po ele elc ce co diJ fal se at c( a il, ~ s~ p; el ·i d J I P r. sc tI c n I p Sl d a F C s ( 1 LES PARTIS RELIGIEUX EN ISRAEL 25 'ec Ie ministre de s't~taient ment qu'Alorn et 'rtance aussi LU combat contre Jrocessus de paix. n juifs )resentee par Ie d'obscurantisme mtpole sefarades non . :nt 'Ogression est rades des milieux ds les ecoles et parti constituent lye de rnveau gratuitement. • dans les ecoles ill de detresse ntun lal enmeme lon» leurs familles et s'explique,entre iu judatsme lon/latcite n'est , les juifs orientaux dits nt rellement la ligieux et ne Ie d'un rabbin iifficile, leur foi :It essentiel de Shass est It justifie, nbine la lires/religieuses l justice sociale l des inegalites . des et laze etant arquant pendant )ouvoir ailleurs estimei r que si David Uvy avait persevere dans son intention de diriger un mouvement oriental non religieux, il aurait recolte une partie des voix qui ont cause l'etonnant succes du Shass. Beaucoup des nouveaux electeurs de ce parti comptent parmi ceux qui votaient traditionnellement pour Ie Likoud. Le nouveau systeme electoral leur a permis de voter pour Benyan:tin Netanyahou aux elections pour le poste du Premier ministre, et pour le Shass aux elections parlementaires. Le nouveau systeme electoral n'est cependant pas la seule raison de ce changement, qui doit egalement etre mis au compte d'un manque de confiance dans la .direction actuelle du Likoud, ainsi que dans la fascination exercee par certains kabbalistes 'sefarades dont l'influence a enormement grandi au couis des dernieres annees. Pour se rendre compte de l'etendue de ce phenomene, i1 suffisait d'aller faire un tour au grand marche Ben-Yehouda de Jerusalem pendant les semaines qui ont precede le scrutin. Lors des . .precedentes campagnes electorales, la plupart des echoppes du marche arboraient les affiches ...... "et les portraits des dirigeants du Likoud. . Du temps de Menahem Begin, qui etait •. '. particulierement aime (les sefarades, a tort ou a raison, consideraient qu'illeur avait donne un sentiment d'appartenance nationale que les travaillistes n'avaient jamais reussi a rendre credible), on ne pouvait faire un pas a travers ce marche sans se trouver face a sa photographie .. La sympatbie pour Yitzhak Shanrir etait moins personnalisee, mais il y jouissait egalement d'un soutien sans faille. Mais cette annee, les portraits de Benyamin Netanyahou etaient fort rares, alors que les murs etaient recouverts de portraits du vieux rabbin Kadouri. Ce kabbaliste d'origine irakienne, qui compte parmi les chefs spirituels du Shass, est devenu au cours de la derniere decenrne un personnage absolument incontoumable, au point de provoquer une certaine irritation dans l'entourage du rabbin Ovadia Yossef. Guide inconteste du Shass, ce dernier represente l'autorite rabbinique supreme de ce milieu, mais il n'a pas d'activites kabbalistiques. Le rabbin Kadouri, en revanche, fait grand usage de benedictions rituelles (celle qu'il a accordee a Benyan:tin Netanyahou moins d'une semaine avant Ie scrutin a sans doute valu des milliers de voix a ce dernier), et de diverses amulettes porte-bonheur. Pendant la campagne electorale, et jusqu'a ce qu'un arrete special initie par le Meretz rende cette pratique hors la loi, des jeunes gens faisaient du porte a porte darts certains quartiers, distribuant ces amulettes « berne par Ie kabbaliste » a ceux qui promettaient de voter Shass. 11 faut cependant noter qu'un tiers des electeurs du Shass ont vote pour Shin:tonPeres au scrutin de designation'directe du Premier mirnstre, resultat a mettre au compte du soutien discret que Ie rabbin Ovadia Yossef a continue d'apporter a ce dernier, meme apres que le Shass eut quitte Ie gouvemement, et qui ne s'explique que par Ie soutien du rabbin et de ses adeptes au processus de paix. Comme nous l'avons vu, un rapide rappel des prises de position politique du Shass depuis sa fondation indique une tendance assez claire a la moderation, a la paix et al'integration culturelle au monde arabe. Cette tendance n'est pas assez marquee pour dessiner les contours d'une veritable ligne politique et Ie parti compte d'ailleurs certains dirigeants « faucons » notoires, mais elle revet cependant une importante signification. Notons egalement que la progreSsion « meteorique » du Shass dans Ie paysage politique israelien a suscite une certaine frayeur dans les autres partis, et surtout agauche. Cette frayeur et l'agressivite qui en decoule explique les demeles judiciaires dont eurent apatir plusieurs de ses dirigeants, et en particulier Arie Der'i, dont Ie proces pour faits de corruption dure depuis plusieurs annees. 11 est fort possible que Der'i ait effectivement tire parti de ses fonctions ministerielles pour beneficier de certains avarttages financiers personnels (I'achat d'un appartement ades conditions preferentielles) ou communautaires (l'octroi d'importantes subventions ades associations proches du Shass), mais il n'est surement pas Ie seul ministre israelien a avoir fait de meme, ce genre de pratiques ayant depuis belle lurette cesse d'etre l'exception pour presque devernr la 26 REVUE D'ETUDES PALESTINIENNES regle. Mais Der'i est Ie premier homme politique orthodoxe aavoir clairement affiche une stature d'homme d'Etat. Sa jeunesse, son talent et son evidente originalite tranchent avec la grisaille generale de la classe politique, faisant de lui un mediateur politique tres apprecie et un personnage mediatique de premier plan. Son pouvoir politique ne cessant de s'accroitre, les plaintes deposees contre lui obeissait sans doute ala volonte de nombre de ses « collegues » de refrener ses ambitions jugees « contre nature» de la part d'un simple talmudiste orthodoxe d'origine marocaine. Le « hkhage » de Der'i par certaines figures marquantes de la gauche israelienne est une raison supplementaire du tournant actuel du Shass vers la droite. Sionisme et partis religieux Aucun des partis religieux israeliens ne propose aujourd'hui une alternative ideologique au sionisme : bien au contraire, leur progression decoule de leur aptitude a s'adapter aux principes de base de l'ideologie sioniste traditionneUe. Leur succes electoral reflete cependant Ies tensions internes entre religion et nationalisme et illustre la dimension religieuse inherente au nationalisme sioniste. De fait, toute analyse du sionisme et de la realite politique qui en est issue se doit, sous peine d'etre erronee ou incomplete, de prendre en compte la dimension religieuse de ce mouvement. Cette composante religieuse n'est pas propre aux partis religieux : elle est au contraire incluse dans Ies principes meme de l'ethique sioniste. Un exemple frappant de cette relation essentieUe est donne par la question de Jerusalem, la souverainete sur la « Ville sainte» etant l'objet d'une revendication consensuelle de tous les courants du sionisme. Les panis orthodoxes presentent cependant aux juifS d'IsraeI d'autres possibilites de definition collective que celle du nationalisme sioniste. C'est surtout vrai en ce qui concerne Ie pani Shass; qui a reussi a ebranler l'hegemonie ashkenaze en proposant une approche culturelle dont les sources et le langage sont issus du monde arabo-musulman. Certes, dans sa version actuelle Ie Shass ne propose aucune alternative concrete al'ideologie dominante : ce pani compte parmi ses representants aussi bien des partisans des accords de paix que des adeptes de la spoliation des Palestiniens et de la poursuite des implantations. Ces derniers ont vu leurs positions renforcees par l'election de Benyamin Netanyahou, mais on ne peut pour autant ignorer les potentialites diflhentes representees par ce pani, surtout dans Ie cadre de la reflexion sur la conscience collective des Israeliens. Dans le cas OU Ies dirigeants du Shass laisseraient s'accentuer la derive nationaliste actuelle de ses sympathisants, ils y perdraient leur specificite et s'engageraient dans une competition perdue d'avance contre Ie Mafdal. Le caractere religieux du sionisme en general rend derisoire Ie combat mene par la gauche sioniste pour la « separation entre l'Etat et la religion». Le probleme d'IsraeI est plutot celui de Ia separation entre Ie nationalisme et FEtat. L'approche juive traditionnelle etait fondee sur l'acceptation des pouvoirs en place, un principe qui distinguait entre Ia citoyennete et la conscience collective juive. Dans Ia: realite israelienne actuelle, cette approche pourrait pennettre de developper un autre rapport a la nation, fonde sur l'acceptation de la presence arabe et Ia neutralisation du caractere juif exclusif de l'Etat. Rien ne permet de dire que les parris orthodoxes se dirigent vers la conceptualisation d'une teUe alternative, mais cette possibilite existe dans Ie langage religieux juif, alors qu'elle est totalement absente du discours sioniste « laIque ». En tout etat de cause, ignorer la force primordiale du discours religieux dans la realite et la conscience collective des Israeliens equivaudrait aignorer cette realite en elie-meme, et continuer de s'attacher a des representations erronees de cette realite. -A. R K. et Z. B.-D.
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